Un mystère américain
J’ai eu l’intuition pour ma part qu’il ne fallait pas s’arrêter au seul Malick, au peu qu’on sait de lui finalement, qu’il fallait remonter le cours de ses influences afin de mieux saisir la portée du film, lequel quoi qu’on en dise, mérite et autorise d’autres lectures que le sempiternel discours sur sa spiritualité aveuglante et son look d’album photos. A la sortie du cinéma, j’ai pensé à Thoreau, à Whitman. J’ai pensé au roman américain, dans son rapport démesuré à la nature et à l’univers. J’ai pensé à la spiritualité américaine. J’ai été frappé par l’extrême sensorialité de la cinématographie du film (due à Emanuel Lubezki, le chef opérateur), renforcée par la justesse des acteurs et la qualité du jeu qui paraît résulter d’improvisations sans fin.
C’est en cherchant autre chose, comme souvent, que je suis tombé sur cet article de la revue Hydra Magazine : American Transcendentalism and ‘The Tree of Life’. Son auteur y fait le rapprochement entre le cinéma de Malick et le mouvement transcendantaliste américain fondé au 19e siècle par Ralph Emerson et dont l’un des plus célèbres représentants fut Henry David Thoreau. Qu’est-ce qui caractérise le transcendantalisme ? La nostalgie pastorale et le goût pour la nature sauvage comme fondement de l’identité américaine, l’individualisme démocratique, l’indépendance rebelle, l’accès à la spiritualité dans la nature. C’est sur ce terrain que l’auteur aborde le film pour mieux en montrer les qualités et les défauts. Il produit ainsi une réflexion décisive sur ce qui fait de ce film une oeuvre typiquement américaine.
(via Issue21)